Rétrospectives et itérations

Avant, lorsque quelqu’un me disait faire un retour aux études, je pensais qu’il était question de petites vacances. Je vous assure que ce n’est pas un sabbat ! Ce trimestre d’automne a été très chargé : 3 cours de cycle supérieur tout en travaillant pour une startup. Me voici donc en mode récapitulatif.

Dépôt du sujet

Je devais remettre à la fin de ce trimestre, en plus de tout le reste, mon sujet de recherche. Ce n’est pas une phrase sur un bout de papier qui dit vaguement de quoi il s’agit. C’est une démarche où on suggère une problématique à résoudre, une revue de littérature qui la supporte, une hypothèse et une méthodologie d’expérimentation. Pour le moment, ça va comme suit : Étude de l’utilisation de lumières et de vibrations tactiles comme interface utilisateur d’un système porté (wearable) sans écran. Bref, je connais déjà mon sujet à fond, mais je n’ai pas encore commencé. Et j’ai changé plus d’une fois avant d’en arriver là. Le plus ironique est que ça va continuer à évoluer et à changer…

Itérations

Bien des agences se targuent d’avoir un processus itératif ou agile, mais lorsqu’on questionne, remet en perspective, fait des aller-retours entre les intervenants, il y a de l’inconfort. C’est perçu comme un frein à la productivité. Le processus en silo a la couenne dure. Il est inculqué dans notre culture dès la tendre enfance : ne sors pas des rangs, ne pose pas de question, etc. D’ailleurs, l’obéissance a donné lieu à des études très surprenantes. Il y a bien des choses qu’on accepte par convention sociale même si elles ne font pas de sens.

Sans tomber dans la philosophie, je dirais simplement qu’on n’arrête pas le progrès et que la vie est en constante évolution. Le savoir d’aujourd’hui s’est construit sur les connaissances d’hier (ex. électricité > ampoule > téléviseur > ordinateur). Le processus semble linéaire et on se complait dans cette linéarité parce que c’est une illusion d’ordre dans le chaos. Par contre, la physique quantique nous apprend que derrière cette apparence de conformité se cachent des sauts disruptifs, comme de petits bonds en arrière.

Conception centrée humain

Là où je veux en venir, et c’est ma rétrospective 2015, c’est qu’on doit remettre cent fois son ouvrage sur le métier. Il n’est jamais trop tard pour changer de cap, essayer, recommencer. À 34 ans, il est encore tout à fait possible de se redéfinir. J’ai été designer jusqu’ici parce que ça me permettait d’assouvir mon besoin de résoudre des problèmes. Je suis devenue insatisfaite quand j’ai constaté qu’on me demandait de solutionner des puzzles esthétiques ou d’ordre visuel. L’ingénierie, quant à elle, m’ouvre les portes de la conception vraiment axée sur la solution d’un problème.

En ergonomie et ingénierie cognitive, on est lié par la norme ISO 9241 soit la conception centrée humain. C’est un cycle de conception dans lequel on procède par itérations. On essaie de trouver des solutions à un problème défini et lorsqu’on trouve, on valide auprès des utilisateurs, corrige et recommence. Mon année s’est terminée sur un commentaire de mon directeur de recherche qui allait justement dans ce sens : faire un seul test est mal avisé, ça ne correspond pas à une approche itérative.

Réalité mercantile

Mon défi, il est de taille. Concilier une démarche universitaire dans un contexte de startup. C’est cependant le défi auquel on doit tous faire face dans notre travail : peu de moyen, peu de temps, mais on veut le maximum de résultats. Je reviens au principal reproche du processus itératif : un frein à la productivité. Notre cerveau adore mettre de l’ordre. C’est la loi de la conservation de l’énergie. Le chaos coûte cher. Faire des bonds en arrière, c’est l’équivalent de pédaler dans le vide pour certaines personnes. C’est inconfortable.

Je vous laisse cependant avec cette question, ou argument, soulevée dans mon cours d’analyse : peut-on se permettre financièrement l’échec ? peut-on créer des produits mal adaptés ou mal conçus sous prétexte qu’on n’a pas le temps ou les moyens de tester, valider et itérer ?

Comme dirait Jakob Nielsen, « test it or they will detest it ».

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